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Jennifer Douzenel


18 octobre – 15 décembre 2012

Diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts de Paris en 2009, elle vit et travaille à Paris.



Œuvres exposées

Volant, 2012, 2’12’’

Vol, 2010, 2’57’’

Hommage, 2010, 5’06’’

Bats, 2011, 2’3’’

Kelip Kelip, 2011, 9’46’’


Où le regard se découvre agissant.


A force de concentrer notre attention sur le détail infime d’un tableau et à mesure que celui-ci finit par cristalliser l’insistance de notre regard, il n’est pas rare que l’on ait l’étrange impression d’un mouvement propre au motif que l’on observe ; parfois même, ce sont les formes qui l’entourent et que nous avions stratégiquement reléguées dans le hors-champ de notre concentration qui semblent, bien qu’imperceptiblement, se doter d’une convergence cinétique : comme si à mesure que notre regard se fixait sur un point, ce dernier se révélait le pivot de circulations insoupçonnables qu’une trop grande distance dissimule.
Il s’agit pour le spectateur d’une surprise qu’il découvre parfois à l’insu de sa patience.

Les tableaux de Jennifer Douzenel engagent notre regard à éprouver sa pénétration graduelle dans le motif. Le cadre y participe d’un dispositif adjuvant : sciemment choisi et fixe, il est le gage d’une immersion possible.
L’objet traqué qui tantôt s’y révèle, disparaît ou s’y morcèle, dénote à première vue par sa discrétion. S’il arrive aussi que son identification soit à premier abord difficile, point trop d’impatience : notre regard se trouve encore au gué d’une expérience dont l’image s’autorise le partage.
L’effort s’y avère prétexte : les vidéos sont courtes, rares sont celles qui excèdent dix minutes.
Aussi si nous nous laissons conduire par la contemplation, le miracle surgit dans l’image de lui-même, pressenti par la décantation de notre regard qui s’y découvre agissant.

Rien de spectaculaire ne vient saturer notre découverte : l’ordinaire tient davantage du miracle que du spectacle.
Et le miracle dénote ici par sa précarité, qu’il s’agisse d’un projecteur de plateau allumé attirant progressivement par l’émission de sa chaleur une constellation de poussières virevoltantes comme dans Hommage, que l’on en vienne à douter de ce qu’il se passe comme le révèle la vidéo Vol où l’on se retrouve dans l’impossibilité de conclure des intentions d’un oiseau qui à un moment fait son entrée dans l’image, pis: que l’on se retrouve dans l’impossibilité de reconnaître ce que la vidéo nous donne à voir comme dans Kelip Kelip où des intermittences lumineuses clignotant sur un fond noir nous inspirent de multiples intuitions.

Pour en confirmer la justesse, il nous faudrait comprendre la langue malaise dans laquelle « Kelip Kelip » désigne une concentration de lucioles observable la nuit dans le pays à deux endroits stratégiques. C’est du haut de l’un de ces miradors que l’artiste a saisit ce qui dans nos contrées occidentales, du fait de la pollution lumineuse entre autres, ne se rend plus visible.
S’il est vrai que « les lucioles n’ont disparu qu’à la vue de ceux qui ne sont plus à la bonne place pour les voir émettre leurs signaux lumineux » tel que le pressent Georges Didi-Huberman*, Kelip Kelip vérifie, quelque part, leur survivance.

Le visible est un régime étrange.
Pourtant, quelque soit le filtre par lequel le regard vient le découvrir à l’œuvre dans les vidéos de l’artiste, l’économie de sa résolution l’autorise à éprouver sa part agissante dans l’apparition des choses.

 

Nadia Barrientos, Historienne et critique d’art.

Elle fait partie de la liste des artistes sans œuvres non encore recensés par Jean-Yves Jouannais dans son ouvrage éponyme.

 

*DIDI-HUBERMAN, Georges, La survivance des lucioles, Paris : 2009, les Editions de Minuit