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Edouard Decam

Né en 1978, vit et travaille entre Bordeaux, Barcelone et Argut-
Dessus.



(REFLECTIONS ON SCAPE)
Cycle de trois présentations, commissariat de Andrea Rodriguez Novoa
2# Edouard Decam

« VOLVA »

Sujet récurrent tout au long de l’histoire de l’art, la représentation du paysage a été longuement perçue en tant
qu’acte de reproduction de la nature. Dépassant cette dimension contemplative, l’observation du paysage va par la
suite acquérir une valeur constructive. L’aphorisme mallarméen : « On ne peindra pas la chose, mais l’effet qu’elle
produit » pourrait être considéré comme précurseur d’une conception contemporaine de l’art en tant que véritable
processus de création. Il vient constituer une rupture essentielle où la représentation devient un exercice intellectuel.
La représentation prend dès lors une nouvelle ampleur en tant que réflexion créatrice à proprement parler.
UNVEILING (REFLECTIONS ON SCAPE) explore les processus de représentation du paysage les considérant
comme une « hétérotopie» en ce qu’ils créent un espace réel, un espace qui est autre. Le mot paysage s’éloigne ici
de sa connotation naturelle se déclinant, et prenant tout son sens dans sa traduction anglaise landscape (point de
vue sur un territoire). Dans une émission radio de 1966, Michel Foucault caractérise les « hétérotopies » d’une
manière moins académique les définissant comme « des sites qui sont incorporés dans des aspects et étapes de
notre vie et qui reflètent en quelque sorte et en même temps défigurent, déstabilisent ou inversent les autres espaces.
» Dévoilant le regard de l’artiste, les vidéos montrées examinent les différentes couches de signification du
paysage, et sa représentation en tant qu’espace ultime d’altérité, qui n’est ni ici, ni là, à la fois physique et mentale.
La représentation devient alors un moyen d’exploration pour l’artiste lui permettant d’avancer en envisageant des
hypothèses, en imaginant de nouveaux scénarios. La discontinuité temporelle de l’image en mouvement ouvre des
possibilités de discours, par lesquelles l’image va acquérir une valeur et une identité permettant à l’artiste, non
seulement de nous raconter le paysage contemporain mais de contribuer à sa construction.
Dans un autre glissement de signification le titre du projet fait référence aux différentes traductions françaises du
terme anglais REFLECTION : reflet, réflexion et remarque. REFLECTION vient jouer sur cette signification multiple
incluant le mode de représentation du paysage des artistes contemporains. Les artistes invités à l’occasion de
ce cycle de présentations emploient l’image en mouvement pour créer des paysages et ouvrir une réflexion sur un
territoire autre, suspendu entre l’espace et le temps.
Edouard Decam participe au deuxième volet de UNVEILING (REFLECTIONS ON SCAPE) à PRIMO PIANO,
présentant son film VOLVA. Diverses pièces photographiques de différente nature et provenant de projets
précédents, notamment Le quatrième continent, nous offrent des pistes sur ses derniers travaux et témoignent
d’une recherche de longue haleine.

Ayant suivi le travail de l’artiste depuis ses débuts, j’ai toujours constaté une cohérence extrême dans l’évolution
de sa pratique. Ses projets, menant une réflexion sur les liens qui se tissent entre architecture et paysage, ont toujours
tenu compte de l’importance du temps, et sa pratique relève de plus en plus d’un intérêt pour la temporalité
dans laquelle des images et des objets s’inscrivent, et celle qu’ils peuvent déclencher en revanche vis-à-vis du spectateur.
Sa recherche artistique sur le croisement entre les arts visuels et la science, répond justement aux enjeux
spatio-temporels d’une architecture scientifique. Temporalité et mouvement se répondent constamment dans ses
explorations, ce qu’il a développé notamment dans son projet Le quatrième continent. Cette ouverture vers le
temps et le mouvement, découle de sa curiosité incessante et des recherches sur les photographies de longue exposition,
l’image en mouvement, les flux lumineux etc. qui ont constitué la base de travail de plusieurs de ses projets.
À travers des images de longue exposition, Edouard Decam tente souvent de capter l’essence temporelle du
lieu photographié, condenser le mouvement en une seule et unique image, en le sublimant. Le film Volva vient
colmater une recherche qui ne pouvait que déclencher l’image en mouvement, le tournage en 16mm traduisant
une ambiance surannée ainsi que l’intérêt de l’artiste pour la matière, dans une narration autant énigmatique que
sublimée.

Andrea Rodriguez Novoa