Home


Baha Görkem Yalim

Baha Görkem Yalım est un artiste vivant à Amsterdam. Dans un flux continu, il explore toutes les pratiques artistiques aussi bien dans leur spécificité que dans leur contenu, tout en refusant de se limiter à un médium en particulier. Yalım aborde la vidéo, l’installation et la performance parfois en mettant l’accent sur leur contraste, parfois comme si elles faisaient partie d’une même entité. Sa pratique croise celles de l’écrivain, de l’enseignement et du curateur.



 

As if a dog sniffing a dead dog

Première exposition personnelle de Baha Görkem Yalım  à Paris organisée en collaboration avec Intermezzo, en dialogue avec le curateur Théo-Mario Coppola.

Görkem,

Depuis notre première rencontre à Amsterdam, nous avons poursuivi plusieurs mystères.
Je me demande…les anecdotes sont-elles la manifestation des mystères non résolus ? As if a dog…
Le premier concerne une plante que nous ne connaissions pas et qui nous attendait l’autre jour. Le second est un absent. Il nous pourchasse au cœur d’une nuit, elle-même parmi d’autres nuits. Les aboiements répétitifs couvrent légèrement la voix d’un narrateur. Le troisième concerne l’énergie inconnue d’un espace au sein duquel s’agencent et se répondent des œuvres. Les autres mystères, ceux à venir ne sont peut-être finalement que des promesses.

Les formes en changeant de contexte, ne poursuivent-elles pas leur quête d’être toujours les mêmes, par peur qu’on ne les oublie ?

Tout cela ressemble à une main jaune, une main jaune suspendue à un arbre.

Théo.

– – –

Les formes survivent en d’autres contextes, sans possibilité de trouver l’origine de leur matrice, forme première et élémentaire. Elles surgissent pour vivre l’expérience de l’anecdote. Les formes en changeant de contexte, ne poursuivent-elles pas leur quête d’être toujours les mêmes, par peur qu’on ne les oublie ?
Le titre de l’exposition est extrait d’un poème de Frank Bidart (The Third Hour of the Night) dont le style libre mêle des impressions d’un journal intime, des références historiques et des situations quotidiennes sans hiérarchie ou cohérence chronologique. Les éléments se succèdent, perturbant la possibilité d’accéder à une temporalité certaine et définie. Le poème se déroule et s’enroule sur lui-même, comme un ruban, comme un cercle, comme une ronde. Le rythme heurté, les sonorités brusques et la combinaison des champs lexicaux de la peur, de la nuit et de l’incertitude achèvent le mystère d’un être qui refuse de situer son identité en lui ou au contraire en projection, dans son environnement (qu’il soit imaginé, regretté ou simplement remémoré). Le même processus de construction narratif anime la production de Baha Görkem Yalım pour qui les éléments personnels sont l’occasion d’une réinterprétation de l’élément symbolique, anthropologique ou formel. L’empirisme éclairé est transfiguration du réel. Le réel lui-même est inclusif. Tout y vit, y meurt, y renaît sous d’autres formes probables, reconnues, méconnues.

Baha Görkem Yalım refuse la standardisation du récit, lui préférant des déplacements labyrinthiques, des combinaisons fortuites, des accidents esthétiques (où l’héritage d’un mouvement artistique ne compte plus pour lui-même mais toujours et en même temps en relation avec une écriture personnelle). Il pose la question de la permanence du sujet à travers la multiplicité des expériences et expose l’identité narrative, telle qu’elle est entendue par Paul Ricoeur selon le principe d’un double transfert : de la dialectique gouvernant le récit aux personnages eux-mêmes et dans le transfert de cette dialectique à l’identité personnelle. Le balancement permanent entre concordance et discordance ouvre à la complexité d’un récit qui est à la fois ouvert, possible, évolutif et à son écriture mystérieuse, à la dissimulation du sens, à l’attraction pour l’énigme.
Une main. Une main jaune, suspendue à un arbre. Le cercle formé par la danse d’un serpent. Ce même cercle rompu dans l’espace. Les sculptures, petites flammes olympiques de papier et de plâtre disposées en ronde. Une course. Son départ. Une course de lévriers. Une planche et son plan. Une déambulation. Espaces intérieurs et extérieurs. Les aboiements répétitifs de chiens errants. Apparitions sonores d’une nuit perdue au milieu des nuits. Des sculptures de carton et leurs oreilles de métal.
Dans cet ordre, dans ce désordre, et dans d’autres agencements de formes possibles.

Théo-Mario Coppola*

*vit et travaille à Paris. Il est curateur et critique d’art.
Il mène une activité de curateur indépendant et de critique d’art avec des projets en France et à l’international parmi lesquels Of Encounters and Other Collective Readings, Carlos Alfonso, Galerie Paris-Beijing (2018, Paris), Great Expectations, Amalia Ulman (2015, Venise), Anaxagore, Enzo Mianes, Galerie mor charpentier (2016, Paris), Le Paradis, un peu plus loin, Galerie dix9 (2016, Paris), Tongue Story, Charlie Malgat, SARDINE, (2017, New York), In Translation, Pracownia Portretu (2017, Lodz), Là-Bas, Glassbox (2017, Paris), Freak Park, Villa Belleville (2017, Paris) HOTEL EUROPA en deux volets, en 2017 à Vilnius et à la galerie Félix Frachon en 2018, à Bruxelles.
Les axes de recherche de Théo-Mario Coppola se concentrent sur les esthétiques de la résistance dans l’art, le dialogue entre art et littérature, et l’expérimental. Il est l’auteur d’expositions et de projets en France et à l’étranger (Venise, Lodz, Rio, Bruxelles, Vilnius, New York) développant une réflexion sur les conditions de production de l’exposition. Il définit sa pratique curatoriale comme celle d’un auteur, accompagnant par des formes d’expression littéraires et textuelles le travail des artistes. Les éléments narratifs constitutifs du projet de chaque exposition deviennent ainsi des éléments de langage prolongeant le dialogue entre le curateur et l’artiste.